31 octobre 2014 Le Venezuela, grand producteur de pétrole, contraint d’importer du brut

31 octobre 2014 LeMonde

Screen Shot 2014-11-03 at 12.49.39 PMMembre fondateur de la puissante Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), le Venezuela importe-t-il du brut ? La nouvelle, pour le moins surprenante, avait été révélée dès le mois d’août par l’agence Reuters. Caracas avait démenti, en recourant à son argumentaire favori : il s’agirait d’une conspiration visant à déstabiliser le gouvernement du président Nicolas Maduro.

Las, le 25 octobre, le pétrolier Carabobo accostait dans le port de Jose, dans l’Etat vénézuélien d’Anzoategui, avec 2 millions de barils de Saharan Blend en provenance d’Algérie. Un second chargement doit arriver d’un moment à l’autre. Et deux autres cargaisons venant de Russie sont attendues en novembre.

Nicolas Maduro, en février. Fernando Llano/AP

Puisque l’explication du complot médiatique ne tient plus, l’entreprise d’Etat Petroleos de Venezuela (PDVSA), a dû chercher une justification pour ces importations, qualifiées d’« occasionnelles ». La station chargée de mélanger le pétrole extra-lourd de la ceinture de l’Orénoque avec une huile légère serait en maintenance.

L’installation en question, Petrocedeño, est gérée en association avec le français Total et le norvégien Statoil. Ce que PDVSA n’explique pas est pourquoi les réserves stratégiques de l’Orénoque dépendent d’un seul centre de traitement. Six autres tardent à être mis en route, parce que l’investissement étranger ne trouve pas la situation propice au Venezuela.

Cela étant, la majeure partie de la production vénézuélienne n’a pas besoin d’être mélangée avant d’être raffinée. Mais, faute de réinvestissement et de maintenance, les puits traditionnels sont en déclin. Par ailleurs, la consommation nationale d’essence, subventionnée par le prix le plus bas au monde, ainsi que la vente à l’avance pour rembourser les prêts accordés par la Chine, réduisent encore le brut léger disponible.

A Cabimas, en 2004. Ana Maria Otero/AP

Derrière l’importation de pétrole algérien et russe, il y a donc une histoire qui n’a rien d’« occasionnel ». La gabegie et la corruption ont épuisé la trésorerie de PDVSA, unique source de devises de l’Etat. Endettée, l’entreprise cherche désespérément de l’argent frais. Elle vient de trouver un repreneur pour sa raffinerie aux îles Vierges, mais peine à vendre sa filiale aux Etats-Unis, Citgo, malgré les bons offices de la banque Lazard. Une industrie pétrolière centenaire est à bout de souffle.

En outre, la baisse du prix du baril entraîne trois conséquences catastrophiques pour le Venezuela : elle réduit le retour sur investissement dans l’Orénoque, aggrave la disette budgétaire et compromet la politique clientéliste lancée par l’ancien président Hugo Chavez. Avec l’économie en récession et une inflation de 64 %, les élections législatives de 2015 s’annoncent difficiles pour les chavistes.