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Le Monde 16 juin 2013 L’Iran se réveille

Téhéran, samedi 15 juin, la foule dans la rue pour célébrer la victoire de Hassan Rohani, candidat soutenu par les réformateurs. Photo : Arash Ashoorinia

“Ici, l’Iran, juin 2013, la fête sans cesse d’un pays fatigué… Le nœud dans la gorge de ces quatre dernières années s’est finalement desserré”.

Nous les croyions étouffés, réduits au silence. Les revoilà dans les rues de Téhéran, de Mashhad, de Zahedan, de Tabriz et de Kerman, chantant : “Mon frère martyr! J’ai récupéré ton vote”.

Les Iraniens ont attendu toute la journée du samedi 15 juin l’annonce officielle de la victoire du modéré Hassan Rohani. C’est finalement à 20:22, heure locale (17:52 à Paris) que la nouvelle tombe, il est élu à 50,6% des voix. “Les rues nous attendent”, a écrit quelque peu après l’annonce, l’Iranienne Atoussa sur sa page Facebook.

Téhéran

Des milliers d’Iraniens sont ainsi descendus dans la rue et ont chanté pendant des heures tout au long de la nuit. De leurs manifestations de joie, nous ne voyons depuis Paris que ces vidéos, ces photos et ces récits rapportés sur les réseaux sociaux.

Téhéran, samedi 15 juin, photo : Arash Ashoorinia

 Saleh, Téhéran:

“Cette fête est à nous tous. C’est le nom de Mir Hossein Moussavi [candidat malheureux à la présidentielle en 2009 et opposant, assigné à résidence depuis 2011] qui se fait entendre plus qu’autre chose et aussi la joie de la fin de l’ère amère du règne d’Ahmadinejad. L’élection est un prétexte. Les gens ont envahi les rues et la ville s’est réveillée”.

Téhéran, un manifestant brandit la clé, symbole de la campagne de Hassan Rohani, sur laquelle est collée la photo de Mir Hossein Moussavi

Behnaz, Téhéran :

“C’était une fête, une vraie. Je n’en avais jamais vue. Je n’avais jamais vu que pour notre victoire, nous puissions faire la fête… Notre fête était vaste, tellement grande qu’elle s’est étendue sur toute la ville…”.

Téhéran

La vidéo ci-dessous montre l’avenue Valiasr, pont Parkway au nord de Téhéran. Les voitures klaxonnent et la foule chante : “Moussavi!”.

“Prenez votre dernière photo de Mahmoud [Ahmadinejad], sinon vous allez regretter”,  dit un manifestant. La foule chante : “Ahmadi[nejad] bye bye!”, reprenant ainsi un slogan de la campagne électorale en mai en juin 2009, en faveur de Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi, deux leaders de l’opposition, avant la réélection contestée et controversée de Mahmoud Ahmadinejad.

Place Vanak, centre-nord de Téhéran

Maryam, Téhéran :

“Nous sommes rentrés à la maison. Il est 2 heures du matin. Sur la place Vanak (centre- nord de Téhéran), nous avons chanté, tous : “Celle-ci est la voix du mouvement [vert]“, “Libérez les prisonniers politiques!”. Je n’ai plus de voix. Je dédie cette victoire à tous mes amis qui n’avaient plus d’espoir. J’espère que nous avons réussi à vous redonner de l’espoir. Téhéran était souriant ce soir”.

La vidéo ci-dessous a été également tournée à Téhéran. La foule entonne le célèbre hymne des étudiants : “Mon camarde de classe, tu es avec moi et tu m’accompagnes”.

Une autre vidéo tournée à Téhéran, les manifestants chantent: “Que le mouvement vert et Moussavi vivent longtemps!” et “Sohrab! Réveille-toi! J’ai récupéré ton vote”, Sohrab Arabi étant le jeune garçon de 19 ans, tué pendant les manifestations à la suite de la réélection de Mahmoud Ahmadinejad en juin 2009.

Toujours à Téhéran, la ville la plus connectée à Internet. Ici, la foule crie : “C’est le printemps de la liberté, la place de Neda est vide à nos côtés”. Neda Agha Soltan, devenue l’un des symboles du mouvement vert, a été tuée en pleine rue à Téhéran le 20 juin 2009. La scène de sa mort a été enregistrée par plusieurs témoins et fait le tour du monde.

Cette vidéo, tournée à Téhéran, montre des forces de l’ordre, présentes sur les lieux de manifestations, essayant de débloquer la voie à des voitures. La foule chante :“Menteur! Où est tes 63% [des votes, le score obtenu par Mahmoud Ahmadinejad en juin 2009]?”.

A Tabriz, capitale de l’Azerbaidjan oriental, dans le nord-ouest, on chante le nom de Mir-Hossein Moussavi, associé à celui de Hossein, imam martyr des chiites :“Ya Hossein, Mir Hossein!”

Une autre vidéo à Tabriz. La foule chante : “Hachémi [ancien président Akbar Hachémi Rafsandjnani, disqualifié à la présidentielle du 14 juin par le conseil des gardiens à la présidentielle, ayant apporté son soutien à Hassan Rohani], on t’aime!”,“A la fin de cette semaine, Ahmadi[nejad] sera parti!”,“Bonjour à Khatami! Bonjour à Rohani!”.

A la ville sainte de Mashad (nord-est), le même slogan : “Ya Hossein! Mir Hossein!”.