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Un chaviste révèle un climat de complot délétère à la tête du Venezuela – LE MONDE | 23.05.2013 – Par Marie Delcas

Le journaliste et présentateur Mario Silva et Hugo Chavez, lors de l'émission "La Hojilla", fin 2007.
Bogota, correspondante. Une tête est tombée, celle de Mario Silva. Le célèbre et très chaviste présentateur de l’émission “La Hojilla” a quitté, mercredi 23 mai, la télévision publique vénézuélienne, officiellement “pour raison de santé”. Mais son départ intervient au lendemain de la divulgation d’un enregistrement qui fait scandale. M. Silva y accuse le président de l’Assemblée nationale, Diosdado Cabello, de conspirer contre le chef de l’Etat, Nicolas Maduro. Et de dévaliser les caisses de l’Etat. Pour l’opposition, ce document sonore confirme les divisions au sein du chavisme, la corruption du régime et son alignement sur La Havane.

M. Silva dément, lui, l’authenticité de l’enregistrement. A l’Assemblée, les députés de la majorité ont refusé d’ouvrir une enquête. L’opposition, qui affirme détenir un deuxième enregistrement, va porter l’affaire devant la justice.

Le député Ismael Garcia, qui a obtenu l’enregistrement, était un partisan d’Hugo Chavez avant de passer à l’opposition en 2007. D’après lui, M. Silva parle avecAramis Palacios, un agent de liaison cubain à Caracas. L’enregistrement aurait été destiné au président cubain Raul Castro.

Pour le politologue Carlos Romero“en annonçant son départ intempestif de la télévision, Mario Silva confirme que l’enregistrement est un vrai”. Créé il y a dix ans “pour faire contrepoids aux mensonges des médias privés”, son émission avait rapidement viré à la propagande agressive, au dénigrement systématique et souvent vulgaire de l’opposition.

Le président Chavez appréciait “La Hojilla” et n’hésitait pas à y apparaître à l’improviste. Ironie du sort, M. Silva y a souvent diffusé des enregistrements privés – probablement réalisés par les services vénézuéliens – pour discréditer les opposants. Dans l’enregistrement rendu public, M. Silva dévoile les intrigues et magouilles des héritiers de Chavez. M. Cabello, dit-il, contrôle l’armée et les sources de financement illégal que sont Cadivi (l’organisme qui assigne lesdevises) et les douanes. A ses yeux, M. Cabello est un corrompu et un traître, avide de pouvoir.

DIVISIONS AU SEIN DU CHAVISME

M. Maduro n’est pas épargné pour autant : il est jugé incapable de gouverner, comme un certain nombre de ses ministres. Le chef de l’Etat serait sous l’influence de sa femme, Cilia Flores, ancienne présidente de l’Assemblée nationale. Or, “dans ce continent de caudillos” qu’est l’Amérique latine, “la femme doit se maintenir dans l’ombre”, affirme M. Silva.

Le présentateur de télévision s’en prend aussi à Jorge Arreaza, vice-président et gendre d’Hugo Chavez. Il l’accuse d’avoir fait fuiter dans la presse des informations sur la santé de celui-ci. M. Silva critique le gouvernement pour avoirsoutenu le Conseil national électoral et approuvé les résultats officiels, qui ont donné une très courte victoire à M. Maduro. “Nous sommes au beau milieu d’une mer de merde et nous ne nous en sommes pas rendu compte”, résume M. Silva.

L’enregistrement confirme les divisions au sein du chavisme entre un courant“civil”, dirigé par M. Maduro avec l’appui des Cubains, et une fraction “militaro- entrepreneuriale” dirigée par M. Cabello. Mais une partie de l’armée reste fidèle à M. Maduro.

Les propos de M. Silva rendent compte d’un climat délétère. Mais le présentateur de télévision n’avance aucune preuve des accusations qu’il formule. “Difficile defaire la part entre information et imagination”, estime l’analyste Luis Vicente Leon.